Chapitre 1 | 2 | 3 - 4 | 5 | 6 | 7 - 8 - 9 - LES SURVIVANTSCHAPITRE 4 Au petit matin, Servan déclara : Un quart d'heure plus tard, les deux camarades s'aventuraient en équilibristes sur le versant escarpé d'un ravin au fond duquel, cent mètre plus bas, scintillait le ruban d'argent d'un de ces torrents qu'on appelle gave dans les régions pyrénéennes. Ils s'étaient équipés de tout le viati-que indispensable à une ample toilette, serviettes, gants, savon et shampooing. Les deux garçons ne rayonnaient pas d'optimisme, mais ce programme leur paraissant le plus judicieux, ils l'exécutèrent immédiatement. Ils s'enfoncèrent dans le sous-bois qui côtoyait le torrent et en suivirent le lit. Le terrain était si obstrué de rocs, si hérissés de ronces, d'abattis et de gaulis qu'ils devaient parfois s'écarter de plus de cent mètres de la rivière. Ils endurèrent ce jour-là les affres du randonneur solitaire fourvoyé qui a perdu la boussole. Ils étaient griffés, égra-tignés, éraflés, saignants, écumants, hirsutes, mais ils tenaient bon. Devant eux, à peu de distance, la berge s'était affaissée et le cours d'eau roulait, paisi-ble, des eaux calmes dans une sorte de grande vasque. Les deux explorateurs se dévisagèrent, tout étonnés, levèrent un écran de mûriers, arrivèrent en terrain dégagé et comme un seul homme s'élancèrent après s'être dépouillés de leurs vêtements. Mouvement spontané qui reléguait toute réflexion en arrière-plan. Ils se jetèrent dans l'eau avec des cris d'orfraie. C'était froid, en effet, mais quelles délices dans cette onde glacée, quelle volupté dans les frissons dont elle électrisait le corps ! Ils tremblaient, leurs dents claquaient, et ils riaient de plaisir : Ils demeurèrent encore dix bonnes minutes à peaufiner leur nettoyage. L'accoutu-mance au peu de température de l'eau avait déterminé une réaction thermique naturelle du corps qui transforme le froid en chaleur. Ils s'étaient tant couverts de savon qu'ils ressemblaient à deux bonhommes de neige. Avec cela, des cris d'aise, des redites à n'en plus finir, toute la panoplie de cette félicité qui naît d'un besoin essentiel dont on a été longtemps privé et que l'on peut enfin assouvir. Par degrés, avec cette simultanéité d'appréciation qui jette la même sonde dans un fait nouveau, l'un et l'autre s'était fait à part soi la réflexion qu'ils se voyaient nus pour la première fois. Depuis un mois qu'ils survivaient ensemble, cette licence, la nudité, s'était heurtée à l'invincible barrière d'une fin de non-recevoir catégorique. Tout à coup, le voile se déchirait, la liberté entrait dans leur domestique et faisait sauter un verrou jusqu'ici fermé à double tour. Seu-lement, si Servan n'en paraissait pas effarouché, y puisant même beaucoup de motifs de bien-être, Jason semblait plus réticent. Il y avait dans son attitude quelque chose qui consent, certes, mais à contrecoeur et uniquement sous l'empire des circonstances. Il avisait son camarade avec cette obli-quité dédaigneuse qui affecte de regarder ailleurs. Tandis que l'un s'accommodait d'une situation somme toute familière entre garçons de même âge, l'autre paraissait vouloir lui imposer un codi-cille restrictif. Il advint que Servan ayant voulu se placer tout à côté de lui, Jason recula et s'établit plus loin. Servan n'insista pas, mais cette réaction où perçait de l'antipathie le chagrina. La toilette expédiée, ils nettoyèrent leurs vêtements. Puis ils s'en allèrent en emprun-tant la berge opposée. Jason ouvrait la marche. Avant cela, pour ramasser ses affaires, il s'était penché en avant. - C'était bien, hein ? fit Servan. Vivienpimbi@club-internet.fr La suite iciRêve ou réalité, ces histoires ne doivent pas vous faire oublier les dangers d'une relation sexuelle sans protection. METTEZ DES CAPOTES |