Chapitre 1 | 2 | 3 - 4 | 5 | 6 | 7 - 8 - 9 - LES SURVIVANTSCHAPITRE 2 Servan s'éveilla le premier. La faim lui martyrisait l'estomac. Tout à coup, ses prunelles obliquèrent sur son compagnon. Une idée hideuse entra en lui. Il songea que s'il tuait Jason, il pourrait s'alimenter pendant de longues semaines, que sa sub-sistance serait assurée, qu'il n'aurait plus faim au coucher et au réveil comme cela durait depuis presque dix jours, et que pour sacrifier un être humain, la loi de la nature était peut-être cruelle, mais elle désignait ses victimes et ses graciés, et que de toute façon cela valait mieux que d'en sacrifier deux. A peine cette pensée l'avait-elle absorbé qu'il en mesura l'étendue et la repoussa. Il baissa les yeux et se jugea monstrueux. Celui-ci battit des paupières, voulut se rendormir, mais Servan le secoua : - Ça va, fit Jason, c'est pas grand'chose, juste deux centimètres. Dans l'affirmative, comme il y avait lieu de le penser, la catastrophe étant survenue au tout début des fêtes de Pâques, alors les chances augmentaient que ses locataires eussent fait le plein de vivres. A cette question, déjà angoissante, s'en reliait une autre, celle de sa résistance à la dévastation Tout ou à peu près ayant été soufflé sur une superficie impossible à mesurer, elle n'était peut-être plus qu'un amas de décombres. Dans ce cas, la situation s'aggravait et ils n'auraient plus la force de mener à bien une nouvelle expédition, forcément plus lointaine. Pour affronter la fraîcheur de l'aube, ils s'étaient couverts d'une toile de prélart déni-chée dans la cabane. Vêtement rigide et incommode, mais qui les sauvait d'aller presque nus dans leurs hardes d'origine. Ces hardes, du reste, ne tenaient plus qu'à un fil : pantalons troués, chemi-ses usées, pulls en lambeaux. Restaient les chaussures, qui avaient un peu mieux résisté. Servan chaussait même plutôt confortablement. Pour Jason, il avait rembourré les siennes de paille. A les voir marcher de cette allure à la fois lourde et empres-sée qui plie l'échine et va par bonds et par sauts en s'appuyant sur des bâtons, on eût dit deux hommes de la préhistoire en chasse. La chasse, c'était bien là leur but ; quant à leur profil d'hom-mes des cavernes, ils la reproduisaient avec un mimétisme involontaire qui aurait pu être comique, et qui était effrayant. Pour avoir prononcé ces paroles prometteuses, il n'en demeurait pas moins immobile, le front soucieux, l'oeil dubitatif, sa figure exprimant cette inquiétude qui procède d'un pronostic sombre. Il y a dans le coeur de tout homme un compartiment secret pour l'espérance, même celle qui a dévidé tout son fil. Cette quenouille-là paraît inépuisable. Notre espèce est ainsi consti-tuée qu'elle s'accroche au moindre rayon susceptible de culbuter l'adversité. La maison disparue, cela voulait dire : plus d'habitants, certes, mais peut-être, à l'intérieur, des restes de ce qui y avait été entreposé. Autrement dit, des comestibles. C'est pourquoi Servan se hâta. Jason le talonnait aussi vite qu'il lui était possible. Il n'était pas peu effaré que ce compagnon de hasard fût capable de prodiguer l'énergie nécessaire à renouveler son souffle, quand il aurait dû l'avoir épuisé depuis longtemps. Ils parvinrent bientôt à ce qui avait été une habitation et qui n'était plus qu'un moi-gnon informe. Les pierres, pulvérisées comme après une explosion, échafaudaient un amoncelle-ment sur lequel pendaient çà et là de lugubres filandres de neige. Du reste, l'écroulement avait fait bonne mesure : pas une fissure parmi cet éboulis de moellons qui mêlaient en un indescriptible chaos des restes de murs, de cloisons et de toit. Impossible d'imaginer dans ce capharnaüm le moindre passage praticable, même à un ouistiti. Ayant dit cela, il se mit à dégager les pierres. Jason le regardait, incrédule. Au bout de quelques minutes, néanmoins, contaminé par l'exemple, à moins qu'il n'eût un peu honte de ré-pondre à tant de détermination par de la passivité, il le seconda. Ce dernier s'était accroupi sur les gravats et tâchait de repérer une fente, une ouver-ture, la brèche la plus ténue par où il lui aurait été loisible d'affiner sa fouille. Mais il eut beau scruter, le monticule n'offrait pas le moindre hiatus. Alors il baissa les bras. - Y a rien à faire, fit-t-il, on est marron... Vivienpimbi@club-internet.fr La suite iciRêve ou réalité, ces histoires ne doivent pas vous faire oublier les dangers d'une relation sexuelle sans protection. METTEZ DES CAPOTES |